Gaëtan Menguy, ou la joyeuse discrétion

S’aidant de sa canne, il déambule dans les couloirs d’une marche lente mais assurée, le buste droit et la tête relevée, et vient s’adosser contre le mur. D’un regard à la fois perçant et doux, froid et chaud, il regarde le tableau d’affichage, sourit aimablement après avoir demandé qui menait 3/2 dans le 3èmeset et repart aussi discrètement qu’il était arrivé.  

            Le souriant et discret Gaëtan Menguy, actuel 4ème français et 30ème mondial, trace son chemin à l’abri des regards en Vendée, plus précisément à la Roche-sur-Yon, sa terre d’accueil depuis 5 ans. Le Top 10 ? L’équipe de France ? Les Jeux de Tokyo ? Si ces perspectives le font encore rêver, elles ne sont plus au centre de son attention. Ses objectifs portent les noms de bien-être, de plaisir et d’épanouissement. A 35 ans, le Vendéen démarre la seconde partie de sa carrière avec l’unique dessein de vivre « le moment présent » pour profiter au maximum de son statut de sportif de haut-niveau. Découverte.

Gaëtan Menguy, du basket au tennis

Il y a des passions qui arrivent plus tard, qui prennent leur temps. Elles se façonnent par les aléas de la vie, ces évènements qui restent mystérieux, mélange de hasard et de destin. Elles se construisent aussi par les choix et les personnes rencontrées. Pour Gaëtan Menguy, le tennis est arrivé après. Après un accident de moto-cross en 2004 qui l’a contraint à repenser sa vie mais aussi après quelques années passées sur les parquets à tenter de rentrer un ballon orange dans un filet placé à 3,05m du sol. « J’ai découvert le tennis grâce à un ami basketteur qui a voulu créé une section handi et qui m’a demandé un jour de venir taper la balle »se rappelle Gaëtan alors capitaine de la JDA, équipe classée en Nationale 1. Gaëtan va peu à peu laisser ses coéquipiers pour s’emparer de ce drôle d’outil qu’est la raquette de tennis. Les premiers entraînements sont prometteurs. Le néophyte se rappelle de sa première compétition : « Pour nous récompenser de notre année d’entraînement, notre  entraîneur nous a inscrit à un tournoiOn a juste tout kiffé : l’ambiance, les valeurs et les résultats inespérés !» Une demi-finale et un plaisir inédit ont raison du basket : l’histoire démarre.

Il intègre en 2010 le groupe espoir de tennis de la Fédération Française Handisport. L’aventure est pleinement lancée et sa progression va s’avérer rapide et régulière. En 2012, il est déjà n°12 français et 148ème mondial. Pas mal pour celui qui partait de rien. Cette même année, il remporte le Future de Toulouse et reçoit une belle consécration : le voilà inscrit sur les listes de Haut-Niveau du ministère des Sports. Le rêve se dessine. Entre 2013 et 2015, le puissant droitier progresse significativement. Il remporte trois tournois nationaux et quatre futures ce qui lui permet de devenir n°6 français et 28ème mondial. Le loisir devient un travail et les contraintes s’accumulent.

Gaëtan Menguy, entre plaisir et devoir

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Son meilleur classement mondial en simple

Gaëtan Menguy, entre plaisir et devoir

Le Français ne s’est jamais emballé. Il connaît l’incertitude du sportif de haut-niveau et pense à sa famille : « Je suis convaincu que le sport de haut-niveau est éphémère et qu’il est important de penser à après. ». En parallèle, il est donc obligé de penser sa vie  professionnelle pour assurer ses arrières : « mener une carrière professionnelle et un projet de sportif de haut-niveau en parallèle est tout d’abord un choix et un besoin. Tout simplement pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille » raconte t’il.  D’une formation en 2000 chez les Compagnons du devoir comme chaudronnier à un  un BTS Dessin Industriel en juin 2008, le jeune homme est plein de ressources. Il empoche son premier CDI en temps complet comme dessinateur SM en Côte d’Or en 2013. Plus récemment, il vient de devenir responsable d’un service de production de terrasse en bois. Le dessin s’éloigne mais ce nouveau poste est « une vraie opportunité d’évolution » lui permettant « d’acquérir de nouvelles compétences dans la gestion et le management ».  

Mener une carrière professionnelle et un projet de sportif de haut-niveau en parallèle est tout d’abord un choix et un besoin. Tout simplement pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille
Gaëtan Menguy
Numéro 30 mondial

Cette double vie, il n’est pas le seul sportif à y être contraint. Elle nécessite une organisation millimétrée, une implication totale et demande également beaucoup de sacrifices. « Selon moi, c’est une contrainte (de mener une double carrière). Il est très compliqué de gérer les deux projets qui demandent beaucoup d’investissements, de sacrifices et d’énergies» détaille le Français qui doit élaborer son calendrier de tournois bien en amont. Le temps annualisé qu’il a négocié avec son employeur lui permet d’être plus flexible et de pouvoir participer à bon nombre de compétitions. Cette année, il a disputé 15 tournois dans sept pays différents. Toujours loin de sa famille et de sa chère Vendée…

Quand il part en tournoi, le Français amène toujours son ordinateur, son sourire et sa bonne humeur. Même la forte concurrence qui existe en France il la vit bien : « La concurrence est pour moi l’occasion de se remettre en questions et de progresser. Je la vis très positivement». Pourtant, le n°4 français aurait toutes les raisons de s’en agacer. Cette maudite concurrence qui le prive de sélections en équipe de France et d’un peu plus de lumière car entre les Stéphane Houdet, Michaël Jeremiasz, Nicolas Peifer ou encore Frédéric Cattaneo, le tennis français connaît une période incroyable et faste en champions. Mais le Vendéen ne s’en formalise pas, dorénavant l’important est ailleurs.

Gaëtan Menguy, à la recherche de l’instant présent

La course aux points, la soif de progresser au classement, la recherche de résultats et de titres,  Gaëtan Menguy a connu toutes ces motivations matérielles qui ne servent qu’à nourrir l’égo. Elles semblent être la voie vers la réussite et vers l’accomplissement d’une carrière. « J’étais avant dans une course aux points, au classement et aux résultats… très anxiogènes pour être sincère ! » se livre t’il, l’esprit désormais recentré sur lui. Nombreux sont les joueurs qui se fourvoient à rechercher une idylle qui n’existe pas, qui pensent qu’une fois leurs objectifs atteints ils seront rassasiés, épanouis et heureux.  Gaëtan Menguy a oublié un temps d’où il venait, oublié que le tennis est un avant tout un plaisir et que la première fois qu’il a pris une raquette en main et frappé dans une balle, cela l’avait amusé. « Ma principale source de motivation à continuer à jouer au tennis est le plaisir ! Le plaisir de m’entraîner, le plaisir de partager, le plaisir de vivre des émotions fortes » déclare, fièrement, le Yonnais.

Je regarde maintenant davantage le chemin que j'ai envie de parcourir que le sommet de la montagne qui m'amènera, peut-être, à vivre d'autres fortes émotions
Gaëtan Menguy
Numéro 30 mondial

Pour se recentrer sur l’essentiel et faire abstraction de toutes ces motivations, la voie qu’il a  choisi de suivre est celle du moment présent. Plus posé et mature, Menguy se veut un brin métaphorique pour définir sa manière de vivre pleinement ce moment: « Je regarde maintenant davantage le chemin que j’ai envie de parcourir que le sommet de la montagne qui m’amènera, peut-être, à vivre d’autres fortes émotions ». Ses piliers sont son entourage, sa structure d’entraînement mais surtout sa joie de vivre. Le seul objectif qu’il se fixe est de progresser : progresser en tant que joueur de tennis mais également en tant qu’homme, « je me concentre sur le moment présent, sur le fait de continuer à travailler pour progresser et être un meilleur joueur de tennis, voire même être quelqu’un de meilleur».         

Malgré la forte concurrence, le manque de notoriété, le rythmé effréné et éreintant d’une double vie, le Vendéen garde intact le plaisir de jouer au tennis. Récemment, il a même disputé un match par équipes chez les valides, loin des regards mais au cœur de sa passion. Rempli d’une certaine philosophie et empli d’une joie discrète, Gaëtan Menguy dessine son chemin, son chemin vers l’épanouissement, le bien-être et le bonheur.

Auteur: Valentin Desanges