Portrait: Joachim Gérard, ou la passion à l’état pur

Vainqueur du BNP Paribas Open de France en 2016, Joachim Gérard, actuel n°9 mondial, revient cette année à Antony avec de grandes ambitions. Le Belge, originaire de Limelette en Brabant Wallon, vit de sa passion depuis 17 ans. Portrait d’un homme comblé.

Polio, handicap et natation

Il y a des destins qui se façonnent dès la naissance. Celui de Joachim Gérard s’est dessiné à l’âge de 9 mois lorsqu’il contracte la poliomyélite, une maladie virale qui touche principalement les jeunes enfants et peut paralyser un ou plusieurs membres. La jambe droite de Joachim est atteinte. Il devient alors un « boiteux », un « handicapé » et le souffre-douleur à l’école. « Cela n’a pas toujours été facile… Étant gamin, à l’école, mes camarades m’adressaient des mots durs. Ça pouvait être du simple – espèce de boiteux – au – sale handicapé » raconte-t-il aujourd’hui, du haut de ses 29 ans.

Cela n’a pas toujours été facile… Étant gamin, à l’école, mes camarades m’adressaient des mots durs. Ça pouvait être du simple – espèce de boiteux – au – sale handicapé
Joachim Gérard
N°9 mondial

Pour combattre son handicap et le regard des autres, Gérard souhaite faire du sport et prouver que même « diminué » on peut réaliser de grandes performances. « Comme j’avais toujours été un grand sportif malgré mon handicap, et comme j’essayais toujours de suivre mes parents et mon frère qui étaient très sportifs, la perspective de ne pas pouvoir faire de sport à cause du fauteuil ne me plaisait pas du tout » nous explique-t-il lors d’un entretien à paraître dans le magazine du tournoi 2018.

A l’âge de 4 ans, il commence la natation à haute dose. Mais le défi n’est pas assez grand, la compétition pas assez présente. Il tente de persuader ses parents de l’inscrire au football. En vain. C’est alors qu’après une opération visant à agrandir de 5cm sa jambe paralysée, il découvre le tennis en fauteuil, à 12 ans. De quelques heures par semaine à un véritable programme sportif, de loisir à profession, ce sport devient assez rapidement une passion pour le Belge.

De champion en herbe à….

Sa carrière commence en 2005 quand il remporte la coupe du monde junior par équipe avec son ami, Mike Denayer. Le rêve prend forme. L’année suivante est remplie de succès : il conserve son titre avec Denayer et finit l’année champion et n°1 mondial junior. Ses bons résultats lui permettent d’obtenir, la même année, le prix « Mérites sportifs de la Communauté française de Belgique », toujours avec son ami. En perçant sur le circuit junior, Gérard s’assure une entrée sur le circuit professionnel réussie. La transition s’effectue en 2008 lorsqu’il remporte son 1er titre sur le circuit ITF, au Brésil. Le 1er de ses 28 titres.

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Titres remportés par le Belge dont 2 Super Series

Dès lors, sa progression est régulière et constante : Gérard ne cesse de monter au classement et de remporter des trophées de plus en plus importants. De la 84ème place mondiale en 2005 à la 14ème place en 2008, il commence à se faire un nom au sein de l’élite. Prévoyant et soucieux de son avenir, le jeune champion mène de front le tennis et ses études d’informatique jusqu’en 2013 : « Depuis mes 12 ans, et la découverte de ce sport, je n’ai jamais arrêté de jouer mais j’ai toujours voulu assurer mes arrières ». Une fois son diplôme en poche, il consacre tout son temps au tennis et se prouve qu’il peut réussir dans ce sport.

... une référence sur le circuit mondial

Lui qui évoquait des soucis d’ordre «mentaux» en 2010 pour expliquer ses difficultés à battre les meilleurs, commence à triompher lors des grands rendez-vous. Il participe en 2014, pour la première fois, à Roland-Garros qu’il remporte en double avec Stéphane Houdet. Le début de ses plus grands exploits. Car en 2015, alors 7ème mondial, il remporte le plus grand trophée de sa carrière : le Master de fin d’année. Il vient notamment à bout deux fois de Shingo Kunieda qui restait sur 77 victoires consécutives. Ce sacre lui donne une formidable impulsion pour l’année 2016, la meilleure de sa carrière. Si 2015 a été l’année de la révélation, celle de 2016 fut celle de la confirmation. Il atteint la finale de l’Open d’Australie, remporte le bronze aux Jeux, le BNP Paribas Open de France et conserve son titre au Master de fin d’année. Ces très bons résultats lui permettent de monter à la 2ème place mondiale, le meilleur classement de sa carrière.

Malheureusement, le Wallon n’a pas pu continuer à surfer sur cette formidable saison 2016 à cause de plusieurs blessures : « 2017 n’a pas été facile pour moi, car j’ai eu des problèmes physiques en début d’année et je me suis fait opérer de l’épaule en mai. Je n’ai recommencé les tournois qu’en juillet. » explique Gérard. Redescendu au classement mondial (9ème) et contraint de retrouver une condition physique optimale, le Belge a réalisé une belle fin de saison dernière en remportant notamment le Nec Wheelchair Tennis Masters, son deuxième tournoi Super Series après l’Open de France. De quoi lui donner de grandes ambitions pour 2018. « Cette année, j’ai pour l’instant l’impression d’être à 100% de mes capacités. Le niveau international a toutefois beaucoup augmenté, et je suis à la 9ème place mondiale. Mais j’ai confiance, c’est une question de temps. Il faut être patient et prouver à soi-même et aux autres qu’on peut gagner des tournois de niveau international » décrypte-t(il. Joachim Gérard

Suivez la carrière de Joachim Gérard

Lui qui adore le BNP Paribas Open de France pour sa surface, son organisation, son cadre et les nombreux spectateurs qui viennent assister aux matchs, aura à cœur de réitérer son exploit de 2016, « j’aimerais reconquérir mon titre même si cela ne va pas être de tout repos ». Rendez-vous à partir du 19 juin pour avoir un début de réponse !

Retrouvez l’interview de Joachim Gérard dans le magazine du tournoi à paraitre prochainement sur notre site !

Auteur: Valentin Desanges