Une journée dans le Loiret

Du 15 au 18 novembre a eu lieu la 18ème édition de l’Open Paratennis du Loiret, une compétition internationale de tennis fauteuil. Tournoi français à ses débuts, l’Open Paratennis du Loiret a pris du galon depuis maintenant quelques années à force de développement, de motivation et à l’aide d’une équipe déterminée. Orchestré par Stéphane Goudou, lui-même ancien joueur, le tournoi est classé au rang d’ITF 3, un statut attractif pour les joueurs classés aux alentours de la 20ème place mondiale. Entre le brouillard, le froid et quelques gilets jaunes, l’animation a été au rendez-vous dans le Loiret, même si le spectacle était surtout sur le terrain.

Une matinée glaciale

Un brouillard épais s’abat sur le complexe sportif de la fôret. La température est très fraîche en ce vendredi 16 novembre. Il est 9h15 et les premiers matchs ont déjà débuté la faute à un planning surchargé qui ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre. Huit tableaux à terminer sur 4 jours, cela fait court. Les plus courageux se lèvent tôt, quitte à sauter le petit-déjeuner, pour avoir la possibilité de s’entraîner sur les terrains intérieurs. Les plus téméraires, comme Zoé Maras n°4 française, s’échauffent dehors sur les terrains envahis l’hiver par les herbes mortes. La française, qui a gagné son premier tour la veille, affronte en 2ème rotation après 9h00 une autre tricolore, Emmanuelle Mörch, tête de série n°2 du tournoi. « Emmanuelle est la référence pour Zoé. Cela va être un bon test » déclare le père de la plus jeune.

Le froid, ce matin, est le sujet de discussion principal dans l’étroit couloir qui sert à la fois de passage, de zone d’entraînement et de tribunes pour observer les matchs. La cafetière tourne à plein régime, il faut dire bien géré par trois bénévoles aux sourires inexorables et à la voix portante. Le « bar » comme une pancarte semble nommée cette pièce de 20 mètres carré où deux tables occupent la majeure partie de l’espace, est l’endroit de convivialité du tournoi. Un écran situé à gauche de l’entrée permet de visualiser les matchs du court central tout en dégustant une crêpe, bien chaude, préparée avec soins par deux autres bénévoles.

Photo: Grégory Picout

Un rapide coup d’œil au tableau d’affichage permet d’apprendre que Zoé Maras a perdu le 1er set 7/6 après un joli combat. Pour suivre le résultat des autres matchs, il va falloir affronter le froid polaire qui règne dans la salle. Un escalier permet d’accéder à une terrasse surplombant les terrains. La vue en contre-plongée offre une vision inédite mais idéale des matchs en cours, notamment pour les nombreux enfants, un peu agités et bruyants, venus assister avec leur maîtresse au spectacle. « Tu es pour qui toi ? Moi je suis pour celle en rose. » « Ah moi aussi ! En fait non, je préfère elle avec le pull bleu ». L’agitation n’est pas au goût de la mère de Donna Jansen, une jeune Hollandaise au jeu surpuissant, qui s’empresse de demander le silence à l’aide d’une onomatopée universelle. Il faut dire que sa fille est opposée à une joueuse prometteuse, Charlotte Fairbank, n°3 française et vainqueur la semaine passée du Futures de Toulouse.

La tribune en hauteur pour suivre les matchs. Photo: Grégory Picout

Café, crêpes et bonne ambiance

Les chaises étant interdites sur la terrasse, la majeure partie des spectateurs s’adossent à la balustrade ce qui permet de savoir, en observant la position de l’individu, depuis combien de temps il regarde le match. Seuls les membres de l’équipe vidéo ont le privilège ultime de s’asseoir. Positionnée au dessus du court central, une caméra filme l’intégralité des matchs offrant la possibilité aux fans de suivre les rencontres en live sur Youtube, même si ce matin un déficit de connexion au réseau perturbe la bonne diffusion.

Photo: Grégory Picout

Le café réchauffe le corps par l’intérieur. Il est midi passé et certains privilégient la bière pour se réchauffer. C’est le cas des indémodables Abou Konate ou David Dalmasso, pour ne citer qu’eux. Les Espagnols comme Lola Ochoa ou Patxi Fadrique sortent le jambon ibérique. Dans cette petite salle, le volume sonore est élevé, bien augmenté par la différence des langues. On y entend de l’anglais, de l’espagnol, plus rarement du hollandais ou encore de l’italien mais quel que soit la langue parlée, les rires sont universels.

Photo: Grégory Picout

Duel décisif

Un rapide coup d’oeil sur le téléphone pour connaître les restaurants du coin suffit pour comprendre que le choix sera limité : Courtepaille, McDonalds, Holly’s Diner… Pour le modeste prix de 10€, la restauration proposée par le tournoi suffira pour le déjeuner. Dans la salle de tir à l’arc rebaptisée « cantine » pour l’occasion, l’armée de pull orange (comprenez bénévoles) est encore bien présente. Au menu ce midi : wings de poulet et gratin dauphinois ! Pas vraiment un repas de sportifs mais les ventres sont affamés. Cette salle ne sert pas uniquement de réfectoire. Un espace « détente », composé de trois canapés toujours occupés, permet aux joueurs de se reposer et une zone de rangement des fauteuils de tennis est laissé libre à l’entrée de la salle offrant une joyeuse impression de bazar contrôlé.

Laurent Giammartini en action. Photo: Grégory Picout

Les matchs du tableau principal des hommes ont débuté. Sur le court central, Frédéric Cattaneo favori du tournoi, est opposé à Dermot Bailey, l’un des 5 étrangers présents dans le tableau. A ce stade de la compétition, l’écart de niveau est encore important et les rencontres souvent à sens unique. Cependant, un match suscite l’intérêt de nombreuses personnes présentes en masse sur la terrasse. L’ancien n°1 mondial, Laurent Giammartini, reste un sacré client plein d’expériences et de roublardises. L’Autrichien Nico Langmann tête de série n°2 du tournoi, a été surpris au 1er set (6-2) mais il semble avoir pris la mesure de son adversaire au slice perturbant mais à la vitesse de déplacement limitée. L’Autrichien mène logiquement 5-2 dans le 3ème set face à un Giammartini de plus en plus agacé par les décisions arbitrales. L’oeil noir, le Français, refait petit à petit son retard, revient à 5 partout puis s’offre un tie-break irrespirable. A l’opposée, Langmann reste impassible, froid mais il manque cruellement de lucidité. Alors qu’il menait 4/1, il laisse son adversaire revenir et empocher le tie-break 7 points à 4. Les doigts pointés sur son torse et le regard lancé à son coach soulignent la fierté qui envahit le sudiste une fois la balle de match remportée.

Demain est un autre jour

La journée est bien entamée. Le soleil, qui a été caché toute la journée par le brouillard et les nuages gris, est à présent couché. Plusieurs signes annoncent la fin de journée. Les joueuses et les joueurs ont les traits du visage tirés. Certains profitent encore de la salle de détente pour boire un verre, refaire les matchs ; d’autres se laissent entre les mains expertes des kinés présents tout au long du tournoi. Les rires des bénévoles se font moins réguliers, les organisateurs publient le programme de demain attendu par tous les joueurs. La question qui brûle les lèvres des joueurs est : à quelle heure vais-je jouer ? Sauf que demain, les gilets jaunes ont prévu de bloquer une grande partie du pays. Pour ne pas prendre de risques, les organisateurs sortent un communiqué annonçant que tous les joueurs prenant la navette devront partir de l’hôtel à 7h30. La nuit sera courte et la prochaine journée dans le Loiret une nouvelle fois longue, froide mais ô combien joyeuse.

Auteur: Valentin Desanges